Elle dit: j'ai le soleil sur mon visage, je fume une cigarette, j'ai une robe en mousseline qui couvre mes genoux, j'ai cinquante ans, je suis une femme. Je sais pourquoi je vis, je n'aime pas penser parce que penser c'est penser à la mort.
Elle dit: Le soleil du printemps est comme un gémissement, une caresse tout en douceur, impalpable et sereine. Etat de fête qui deviendra plus tard état de manque, désordre des goûts et des dégoûts pour le remplir. Des corps, des mets, des mots. Amertume d'une cigarette, fraîcheur d'une bière, velours d'un vin capiteux, odeur d'un coulis de tomate au thym, desserts sans fin.
Gateau, cerise sur le gâteau, café, pause café et attente du soir.
Diner, donner à manger à sa faim, puis se couler dans des plaisirs à deux plus tard.
Trepigner dans l'impatience du bonheur, fuir le malheur des autres, regarder à la télèvision la douleur d'une mère devant la mort d'un enfant.
Ailleurs, la paix fait la guerre, les hommes sont en enfer.
Elle dit: je veux un soleil d'été, parce qu'il y a une heure j'avais froid. J'ai mal à la tête et mal au coeur. C'est un mouvement d'humeur.
Elle dit: l'enfance me revient. Chaque matin, café crème et croissant. Toute petite je n'aimais pas la douceur du chocolat au lait. Il me fallait de l'amertume, l'apreté de la douleur comme un effleurement du réél, comme un parfum de la vie sublimée.
Elle dit: je veux bien solder 20 ans de mes jours passés. Et 20 ans de mes jours à venir.
Il restera alors le temps de la fertilité, du bonheur, de l'insouciance, du voyage, de la rencontre.
Oublier l'ennui, mentir pour survivre. Ne pas vivre d'histoires ordinaires mais de jeux flamboyants.
Etre pour l'autre un mystère. Objet de désir insaisissable mais tous sens déployés.
Photo de Jean Michel Berts