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billets d
Fumée. Ce que fait ma cigarette, dans l'espace.Amertume légère, plaisir fugace. Ne penser à rien.Tracer du blanc dans le temps. Empreinte des lèvres. Fine caresse. Silence.
Fumée. Recommencer. Les mots, la valse des souvenirs, les mains nerveuses d'un homme ou d'une femme qui écrasent un mégot, triste de solitude, de lassitude. Toujours fumée, soif, faim, désert des sentiments, plaisir des secrets, échapper à la question: Et la vie?
Travailleurs du matin, crooners de la nuit, célibataires mariés à l'Ennui, lycéens en mal de ressemblance, adultes définitivement jeunes,femmes douées pour l'attente éternelle, séductrices du deuxième âge. Portraits, traits, ambiances,intérieurs, extérieurs, scénarios multiples. Fumées croisées d'amants heureux, fumées étincelantes d'amants clandestins, bars des dérives, rivages des désirs, fleuve des jours et des drames, fleurs des hasards incendiés.
Fumée.Comme un refrain. Le matin, espérance, petit moment à soi. Fuite douce, plaisir goûteux de la première bouffée.Deuxième cigarette, seconde seconde pour échapper à l'angoisse, se perdre dans la foule des individus ordinaires, sereinement malheureux.Dire merci aux habitudes, bonjour aux rituels, ne pas se démarquer encore. Plus tard quand on sera avec lui ou avec elle, serrés l'un contre l'autre, chauds de lumières étoilées.
Fumée sans destin, fumée sans dessein, fumée à tout va, fumée acerbe, solitude revenue, silence étouffant. Alors parler, parler, parler. Eteindre sa cigarette, s'étreindre. Renoncer à sa liberté, créer un autre soi. Comme une soie. Facétie. Finir. La nuit qui tombe. Les premières lumières. Les repas en famille. Les baisers respectueux. Les amants passionnés. Les nuits de pleine lune. Pierrot qui chante ses larmes. Plus de cigarette. Le sommeil vous attend. Rêves en cascades, grand manège de l'inconscient.Un dernier murmure encore. Un souffle qui décroit, mais un souffle de vie.
Fumée, demain, un souffle. Un souffle de vie, de souvenir, d'envie!
Dans la lenteur
D'un corps dévoilé
La lumière comme un souffle
Etire ses dentelles.
Le plaisir sommeille.
Le désir s'éveille.
L'amant s'émerveille.
L'amour comme un fruit
S'ouvre...
Courbes et creux
Ombres satinés
Lent et voluptueux
Le vent des caresses
Soulève ces promesses
Que l'ennui a caché
Oubliant le paradis
Des paresses alanguies.
A la liberté de provocation, répond la liberté d'objection.
[ Bernard Pivot ]
Extrait de Le Métier de lire