Un homme qui se retire, voila ce que je suis !
Vincent serra ses mâchoires et se prit la tête entre les mains. Il avait une forte envie de pleurer. Une grande douleur l’envahissait, sa poitrine écrasée sous une angoisse palpable.
Un homme qui se retire !
Il marcha le long de la plage déserte, reçut l’embrun sur son visage, regarda la mer.
Il avait parcouru deux cent cinquante kilomètres pour la voir et voir cette aube sereine et douce, plongeant dans le reflux des vagues.
Il frissonna. L’air était vivifiant, dépouillé de cette chaleur moite qui tout à l’heure l’emplirait de dégoût. Il sentit monter cette fatigue chargée de désirs, pareille à une agonie.
Ses fantasmes le laissaient humilié, à moitié ivre, ruisselant sur le corps d’une femme impudique et grasse. Et lui qu’offrait-il ? Son sexe toujours dressé, douloureux, obsédant.
Il s’assit dans le sable encore humide et contempla l’horizon. Il lui sembla que tous ses rêves, cette ambition démesurée de puissance, cette recherche absurde de lui-même à travers les autres, et à travers eux tout cet absolu dont il ne comprenait pas le sens, tout s’arrêtait enfin.
« Homme libre, toujours tu chériras la mer »
Ce vers de Baudelaire avait empli sa mémoire et il en éprouvait encore aujourd’hui sa justesse, avec cette nuance d’émotion qui était la sienne.
Liberté tu es ma vie, mais je sens dans mon regard et au delà de cette paix que je désire, l’amertume d’un homme qui vieillit. Déjà plus de révolte mais une lâcheté ordinaire, l’intuition cruelle de sa mort.
- Allez, secoue tes puces, vieux !
Cette maturité soudaine lui allait mal. Parce qu’il n’y rentrait aucun jeu, elle était donc contraire à sa nature de comédien. On peut se fuir jusqu’à cinquante ans, après on avance. Sans faux semblants, sans miroirs, sans lunes de miel, on va vers « elle »La mort, une certitude sur laquelle il est impossible de rire, que l’on soit bouffon ou fou, saltimbanque honorable ou ridicule.
A cinquante ans, quel image donnait t’il de lui ?
Ce que l’on remarquait d’abord, c’était dans son regard un chatoiement de vert et d’or. Comme un murmure.
Le sourire aussi était charmeur, accentué par la concupiscence des lèvres.
Il y avait dans tout son visage, une sensualité presque féminine.
Sa silhouette était encore jeune, malgré ses bourrelets à l’estomac – signe de réussite sociale ou de médiocrité dans ses ambitions- Il aimait la facilité des conquêtes rapides et la frivolité de désirs à peine vécus, comme des étincelles dans la nuit.
-Mais je suis un artiste, moi.
Il cria tout seul face à la mer. Il tira une cigarette de sa poche et essaya en vain de l’allumer.
L’air humide gênait sa respiration. Il continua à marcher , le pas las, et s’arrêta à nouveau .Il regarda sa montre : à peine 8 Heures. Qu’allait t’il faire de sa journée ?
Il ne supportait plus sa compagnie. Et il n’avait plus envie de jouer les séducteurs. L’acteur en lui était mort .Il n’en pouvait plus d’être un personnage de comédie Il voulait enfin vivre, tout simplement.
C'est curieux car je viens de de poster une série de dessins de clown...
Bises à toi isa.